Le Royaume d'Ougarit
Géographie du Royaume d'Ougarit.
Le royaume de l'Ougarit est situé sur la côte syrienne, c'est-à-dire dans la corne occidentale du Croissant fertile, située entre Antioche au nord et Gaza au sud, qui est bordée à l'ouest par la mer Méditerranée et à l'est par l'importante faille géologique orientée du nord au sud, où coulent l'Oronte en direction du nord, le Litani et le Jourdain en direction du sud. Sa superficie, évaluée aux environs de 2000 km2 (Saadé 1979: 33), correspond à peu près à celle de l'actuelle province de Lattaquié.
On peut déterminer quelles étaient les frontières du royaume à partir des archives mises au jour sur le site archéologique de Ras Shamra, l'ancienne Ougarit qui était la capitale de ce royaume, située à un peu plus de dix kms au nord de l'actuelle Lattaquié et à quelques centaines de mètres du meilleur port de la côte syrienne qui est aujourd'hui l'anse de Minet el beida. Grâce au texte d'un traité conclu entre le roi hittite et le roi d'Ougarit au XIVe siècle av. J.-C. en vue de délimiter la frontière avec le Mougish, aujourd'hui la région d'Antioche, on sait que la frontière passait par la chaîne montagneuse dont le point culminant à 1800 m d'altitude est le Gabal al Aqra, que les ougaritains appelaient le Saphon. Ce sommet, aujourd'hui en Turquie, est visible par temps clair depuis le site d'Ougarit, situé à une cinquantaine de kms. Le même traité montre que l'Ougarit était borné par des frontières naturelles depuis Birzihé, près du chateau croisé de Bourzé qui domine la vallée de l'Oronte, jusqu'à la Méditerranée et que la région septentrionale pouvait être identifiée avec l'ensemble du bassin des cours d'eau tributaires du Nahr al Kebir. Ce fleuve côtier, qui était appelé à l'âge du bronze le Rahbanou, littéralement «le large», prend ses sources dans le massif du Gabal al Aqra et se jette dans la mer à quelques kilomètres au sud de Lattaquié. Principale voie de pénétration depuis la côte vers la Syrie intérieure, son rôle fut essentiel dans le trafic interne au royaume. Bordé à l'ouest par la Méditerranée, le royaume avait comme frontière naturelle orientale la chaîne montagneuse, encore appelée montagne des Alaouites ou Gabal Al Ansariyeh, qui est elle-même longée à l'est par la vallée de l'Oronte. Il est d'autre part possible que l'Ougarit ait contrôlé, pendant certaines périodes, des territoires situés outre-Oronte. La frontière méridionale située au sud de la plaine de Gablé, incluant de manière épisodique le royaume de Siyannou, était probablement marquée par le nahr es Sinn, cours d'eau bref et abondant dont la source jaillit sous le seuil rocheux qui sépare la plaine côtière de Gablé de l'anse de Banias.
De telles frontières ont certainement contribué à donner une forte identité géographique, économique, voire nationale, à ce royaume syrien dont l'histoire nous est connue pour l'essentiel à la fin de l'âge du bronze récent, soit au XIIIe siècle av. J.C. A l'abri de leurs frontières naturelles, les ougaritains ont tiré le meilleur parti possible d'une position géographique exceptionnelle. Mahadou, le port de la métropole et les autres villes côtières les mettaient en contact avec le monde égéen grâce au relais de l'île de Chypre dont l'extrémité orientale n'est distante que de 70 kms. En direction de l'Orient, Ougarit se trouvait à la latitude d'Émar, ville située sur le coude de l'Euphrate, à partir de laquelle le cours du fleuve, auparavant dirigé vers le sud-ouest, s'infléchit vers le sud-est. C'est entre Ougarit et Émar que la distance du trajet terrestre vers l'Euphrate était la plus brève et permettait les ruptures de charge les plus avantageuses. L'activité des commerçants ougaritains contribuait ainsi à mettre en relations des régions aussi éloignées l'une de l'autre que l'île de Crète (Kapt¨ru) d'où l'on importait céréales, boissons, huile etc., et les montagnes d'Afghanistan d'où l'on extrayait le lapis lazuli.
L'hydrographie a contribué aussi à marquer la personnalité de l'Ougarit. En effet, le Croissant fertile correspond à l'isohyète de 250 mm; ce terme technique désigne la ligne imaginaire séparant une zone où il tombe plus de 250 mm de pluie par an d'une autre zone où il tombe moins de 250 mm de pluie par an. Cette limite est importante car elle permet de distinguer les régions où, dans l'attente des pluies d'automne, l'irrigation est utile pendant les années sèches mais où l'irrigation n'est pas indispensable pendant les années de pluviosité normale. On appelle ces zones humides des régions de «culture à la pluie» pour les distinguer des régions où l'agriculture suppose impérativement, comme en Mésopotamie, le creusement de canaux d'irrigation. Le territoire du royaume est situé à l'intérieur de cette limite de 250 mm et le massif du Gabal Al Aqra reçoit une pluviosité encore bien supérieure. Cet élément d'ordre climatique a joué un rôle important dans l'élaboration des mythes agraires d'Ougarit dont l'un rapporte que Haddou, dieu de l'orage et de la pluie, plus connu sous son titre Baal: «Maître», doit se livrer à un combat annuel contre Mot, sorte d'entité personnifiant la sécheresse et la mort. La fonction de ce mythe était d'assurer le renouvellement annuel des cultures vivrières et l'on n'aurait pas pu trouver un cadre climatique mieux approprié qu'une telle région où pouvait se pratiquer la «culture à la pluie». Le récit raconte que Baal, vaincu et livré à la merci de son rival, doit descendre dans le sein de la terre. Interviennent alors les déesses : Anatou qui préside aux eaux souterraines d'où naissent les sources, et Shapshou, la déesse solaire, qui préside à l'évaporation des eaux répandues sur la terre. Toutes deux rassemblent la substance du corps de Baal qu'elles transportent jusqu'à son palais du mont Saphon, aujourd'hui le Gabal al Aqra, au nord de la ville d'Ougarit. C'est aussi du Saphon que le dieu se manifeste par des précipitations orageuses d'automne après avoir été ramené à la vie grâce aux soins des déesses Anatou et Shapshou. La présence du dieu dans sa résidence montagneuse devait être particulièrement sensible à l'automne qui est le moment du retour de la pluie espéré depuis des mois. C'est le moment où des orages, observables à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde à l'intérieur de la Syrie, éclatent sur le Gabal al Aqra, manifestant avec éclat le retour du dieu dans son palais.
De même, il est vraisemblable qu'il faut localiser dans cette même région le mythe du combat de Baal contre Yam, la mer. La proximité entre le Gabal al Aqra et la mer (l'altitude de ce massif culmine à près de 1800 m, et sa distance de la mer est de trois km au maximum à vol d'oiseau) explique l'apparition d'un «effet de montagne», bien connu en Méditerranée. Ce phénomène météorologique consiste en l'accumulation autour du sommet Gabal al Aqra de nuages abondants à l'origine d'orages spectaculaires dont les éclairs sont attirés par la mer. De telles tempêtes automnales et hivernales ont impressionné pécheurs, marins et voyageurs qui ont certainement considéré la région située au nord de la baie de Ras al Bassit comme le lieu par excellence du conflit entre la mer et le dieu de l'orage; l'apparition de lames et d'une forte houle étant interprétées comme la riposte de la mer aux coups que lui assène le dieu. Le cadre géographique des deux principaux mythes d'Ougarit se trouve par conséquent à l'intérieur du royaume: le combat de Baal contre la mer est mené par le dieu depuis sa résidence montagneuse du Saphon et le combat de Baal contre la mort y trouvera son épilogue heureux avec le retour du dieu dans son palais (Bordreuil 1990).
Le royaume était divisé en trois grandes régions géographiques mentionnées dans des listes qui énumèrent les corvées fournies par divers villages. Ces régions regroupaient plusieurs circonscriptions administratives. L'une de ces régions, appelée Arrou, correspondait à la plaine qui entoure la ville actuelle de Gablé, la Gabala de l'époque gréco-romaine. On sait que la frontière méridionale de l'Ougarit était située au sud de cette ville puisque Gibalaya (gbly) est mentionnée parmi les villes portuaires du royaume et peut-être le Nahr es Sinn garde-t-il jusqu'à aujourd'hui le souvenir du royaume de Siyannou dont parlent les textes d'Ougarit et le chapitre 10 de la Genèse. Plusieurs villes mentionnées dans les textes relevaient aussi de cette région comme Atallig, Oushkenou, Milkou, etc. La chaîne montagneuse qui sépare la plaine côtière de la vallée de l'Oronte paraît avoir constitué une autre région : Gourou dont le nom signifie «la Montagne». Les environs de la capitale éponyme de l'Ougarit représentaient vraisemblablement une autre circonscription où se trouvait l'importante cité littorale voisine mise au jour sur le Ras Ibn Hani. La ville de Halba Sapani, identifiable aux environs de l'actuelle Kassab, était probablement le chef lieu de la région septentrionale appelée Sapanou .
On voit que les paysages du royaume ont servi à brosser le décor des exploits et des démêlés divins qui sont décrits dans les textes mythologiques d'Ougarit. Un fragment alphabétique découvert en 1992 évoque l'activité de la déesse Ashtart dans le Rahbanou-nahr al kebir, cours d'eau qui bornait probablement au nord Arrou considérée comme la partie méridionale du royaume d'Ougarit. Dans un texte mythologique «la déesse Anat monte sur Ourou, sur Arrou et sur Sapanou» et ces trois noms de région rassemblés en une seule phrase exprimaient certainement dans la langue des mythes les principales composantes régionales de l'Ougarit (Bordreuil 1984).
Une tablette découverte dans les fouilles de Ras Ibn Hani énumère divers troupeaux de bovins qui étaient répartis, probablement pour l'estivage, dans plusieurs villages du royaume. Or, plusieurs de ces villages ont pu être localisés sur la frontière nord et cela est certainement en relation avec l'activité pastorale de cette région septentrionale abondante en pâturages. Riche en prairies et en sources d'eau, vouée à l'élevage des bovins et des ovins, cette montagne était aussi couverte de forêts. On en veut pour preuve le nom d'une ville de la région du nord : Halba Sapani: littéralement «la forestière du Saphon» qui était vraisemblablement située près de l'actuelle Kassab. D'autre part, les textes nous parlent de quelques autres Halba dans le royaume d'Ougarit, dont au moins deux se trouvaient dans la chaîne orientale. Il faut donc se représenter ces deux massifs montagneux couverts de forêts vastes et profondes dont il ne subsiste aujourd'hui que quelques vestiges comme la forêt de Fourlloq dans les environs de l'actuelle Kassab. On peut donc considérer que les activités forestières et pastorales pratiquées dans la région septentrionale étaient complémentaires des activités agricoles de la région méridionale, elle-même riche de sources issues de la chaîne alaouite et d'un terroir fertile. Dans une liste, récemment publiée, des principaux acteurs divins des mythes d'Ougarit, la mention «les dieux du pays» (il bldn) suggère que la convergence de données relevant de la géographie physique (orographie et climatologie) et de la géographie économique, ont favorisé l'émergence, dans la civilisation d'Ougarit, d'une certaine identité nationale.
Source : www.ougarit.com

3 Comments:
J'ai lu le moitie du texte. Je l'aime bien. C'est tres gentil à votre part de montrer la bonne histoire syrienne à vos amis dans l'internet est en Canada. Malheureusement, l'histoire syrienne ancienne est trop inconnue par tout le monde mais spécialement par les syriens eux-meme.
M'excusez..mon francais est comme ci comme ça, mais j'aime le pratiquer;)
موقع مفيد جدا بمعلوماته
و أنيق جدا بشكله
بالتوفيق
تحيــا سوريــا
Maqui Berry
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